Informations et écrits

 

Journal de bord
 

Première semaine
Deuxième semaine
Troisième semaine
Quatrième semaine
Cinquième semaine
Sixième semaine

 

Première semaine

Forêt Cyriac, jour 1 de l’occupation (29 octobre 2004)

 Myriam, Michaël et Nathan (3 mois), Frédéric et son chien Shakti, Guylaine, Claude, Lounaki la Golden, Richard (ça en prend un dans toute bonne lutte forestière) et Jean-Denis passent leur première nuit dans la forêt Cyriac. Le campement s’est installé dans la bonne humeur avec l’aide de Bruno, Martine, Marc et Claude, Gilles, Luc et ses filles Camille et Constance, et moi. 

La soupe mijotait doucement sur le feu de bois quand j’ai repris la route de chez moi, à la brunante. La radio de l’auto jouait La Quête, de Jacques Brel. « Rêver un impossible rêve… ». Et si notre rêve de sauver la forêt Cyriac n’était pas impossible… À suivre…

 Sylvestres salutations,

 Louise


Forêt Cyriac, jour 2 de l’occupation (30 octobre)

La journée d’aujourd’hui s’est passée sous un petit crachin qui finit pas glacer jusqu’aux os et la fumée du feu de bois fait du rase-mottes. Jean-Denis a patenté un genre de meuble-étagère-garde-manger couronné par une tête de poêle trouvée dans la forêt et munie d’un vieux miroir. Le grand luxe. Jolyane, Audrey et un nouveau Frédéric, le fils de Martine, sont venues grossir les rangs. 

Cet après-midi Éric « SALAMI » Dubois, des Bleuets pour la Paix, nous a fait une présentation sur la désobéissance civile avec « travaux pratiques » à l’appui.  

Un gros ragoût préparé sur place par Martine cuisait à petit feu pour le souper. Et le clin d’œil radiophonique de ce soir sur la route du retour : Le gala, de Michel X. Côté dit par Richard Desjardins avec accompagnement à la contrebasse de Normand Guilbeault, tout à fait de mise avant la soirée de l’ADISQ. 

La compagnie forestière se pointera-t-elle le nez demain matin, 1er novembre ? C’est le suspense… À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise
 


Forêt Cyriac, jour 3 de l’occupation (1er novembre)

Le petit crachin qui glace jusqu’aux os est encore au rendez-vous aujourd’hui, mais la machinerie, elle, ne s’est pas pointé le nez. Suspense remis à demain matin…On a déplacé le feu de l’autre côté du campement et le vent a fait de même, on est donc encore dans la boucane.  Un joyeux groupe de Petit-Saguenay et de l’Anse-Saint-Jean* est venu se greffer au noyau de base, avec un autre bébé. La planche à laver et le séchoir à couches ne vont pas s’empoussiérer. 

Les deux chats de Claude ont été rapatriés à la maison pour cause de tapage nocturne et de nouba sur les toiles de tentes la nuit dernière. Mais avant le partir, minou gris a trouvé le moyen de se balader sur la peinture rouge toute fraîche de la pancarte «Sauvons la forêt Cyriac » qui a été installée plus tard près de l’ « avant-poste », une tente moustiquaire placée à la jonction de la 175 et du chemin de la forêt. 

La SQ et la police municipale nous font des visites régulières et s’informent de notre bien-être. Avons-nous bien dormi,  pas trop froid, manque-t-on de quelque chose…   

Pendant nos va-et-vient entre le campement et l’avant-poste, on en profite pour nettoyer les abords de la forêt. La pile de déchets grimpe doucement. Faut bien mériter notre épithète d’ « ultra écolos », d’autant plus qu’une belle bannière disant : L’écologie, ça se protège a été installée au faîte des arbres à quelques mètres de l’avant-poste. 

Pas d’intermède musical aujourd’hui et si vous voulez savoir ce qui mijote pour le souper, vous n’avez qu’à venir soulever le couvercle du chaudron.  À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise 

* J’arrête de citer les noms sinon ce journal de bord va ressembler à l’annuaire téléphonique du Saguenay – Lac-Saint-Jean.


Forêt Cyriac, jour 4 de l’occupation (2 novembre 2004)

Le campement s’est éveillé dans la blancheur d’une petite neige tombée pendant la nuit., mais qui avait fondu à mon arrivée. Et toujours pas de machinerie forestière en vue. 

Les occupants ont décidé d’occuper at large. Ils sillonnent la forêt par petits groupes et découvrent ainsi tous les beaux coins. Des plans de sentiers et d’aménagements se dessinent, les sourires rayonnent et les yeux brillent.  

La journée d’aujourd’hui s’est déroulée sous le signe des communications. La SQ et la police municipales discutent ardemment pour savoir sous quelle juridiction nous nous trouvons. Et grâce à des appuis de commerçants locaux, le campement est maintenant super outillé pour que les équipes communiquent entre elles et avec l’extérieur. Allô la lune, ici la forêt Cyriac… 

Au menu ce soir, salade de carottes et de betteraves, pâtes au pesto et jambon, je suis revenue chez-moi dans le silence en regardant tomber les flocons.

À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 5 de l’occupation (3 novembre)

Toujours pas de machinerie forestière en vue, mais la neige s’est installée. Cette neige mouillée est venue à bout de la « guérite » à l’entrée du chemin, la pauvre tente moustiquaire a succombé sous son poids. 

En route vers la forêt Cyriac aujourd’hui, j’ai pris un « pouceux » qui s’en allait à Québec. Il a finalement passé quelques heures au campement de base et compte bien revenir en fin de semaine grossir les rangs. 

Lounaki la Golden est une gardienne hors pair. Pas un humain ni un écureuil ne peut passer dans le coin sans qu’elle nous en avertisse.  Qu’on se le tienne pour dit ! 

La forêt Cyriac est magnifique sous la neige… calme et beauté. Les feux de bois boucanent moins et le café bu en rigolant a une saveur incomparable. 

Quatre policiers en congé sont venus sillonner en VTT les sentiers de la forêt. Seraient-ils en train de nous adopter ? 

Le menu de ce soir n’était pas encore déterminé quand j’ai repris la route de chez-moi, en silence encore aujourd’hui. 

Comme je dois m’absenter quelques jours, les occupants reprendront à partir de demain de fil de ce journal de bord. 

À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 6 de l’occupation (4 novembre)

Une bonne partie de la journée a été occupée à déménager une cabane, merci Bruno, jusqu’au campement.  Maintenant nous avons un endroit pour recevoir les amis qui craignent la nuit sous la tente. 

Frédéric nous a construit un chevalet ce qui nous facilitera le « sciottage » du bois de chauffage. 

Visite de TVA, l’entrevue sera diffusée demain au Téléjournal de 18h.  Quelques trappeurs nous ont visité, ils nous appuient fortement. 

Le lièvre mijote doucement …

 A suivre…

 La gang du campement

 p.s.  Bruno demande des nouvelles de l’autre appui-livre.


Forêt Cyriac, jour 7 de l’occupation (5 novembre)

 Pas de machinerie forestière aujourd’hui non plus… Une nouvelle sentinelle trône fièrement à l’entrée du campement, Ed le bonhomme de neige qui a une carotte « polaire » en guise de nez.  

Nous avons reçu la visite d’Yves Gauthier du comité de l’environnement de Chicoutimi qui a fait le point sur les récentes démarches que le Conseil régional de l’environnement et du développement durable et le CEC font de leur côté pour la forêt Cyriac. Si vous voulez en savoir plus, venez en jaser autour du feu. 

Nous avons ensuite poursuivi les discussions entre nous, éclaircissements, mises au point, échanges de nouvelles, etc., tout en posant pour le photographe du Journal de Québec. En passant, c’est lui qui a imaginé les scénarios de photos. Sur celle prise autour du bouquet de trembles, c’est Frédéric qui se cache derrière. Il n’y a que le chien Shakti qui a refusé de prendre la pose.  

Des copains de l’Union paysanne se sont joints à nous pour la journée et reviendront en fin de semaine. 

Un petit conseil aux visiteurs, les déneigeurs municipaux ne passent pas par chez nous. De bons pneus d’hiver sont fortement conseillés pour se rendre au campement. 

À part la soupe aux légumes, on avait l’embarras du choix pour le menu ce soir, si bien que ça n’était pas encore décidé quand j’ai pris la route du retour, en écoutant les nouvelles de Radio-Canada. 

À suivre…

 Sylvestres salutations,

Louise 

P.S. J’ai finalement écourté mon absence, quelques heures au lieu de trois jours. Mon manteau sentait trop la boucane du feu de bois pour la capitale et deux appuie-livres séparés font une moins bonne job…

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Deuxième semaine

Forêt Cyriac, jour 8 de l’occupation (6 novembre) 

Toujours pas de machinerie forestière, il semble que la compagnie doive terminer une coupe dans un autre secteur avant de s’attaquer à la forêt Cyriac. Et la neige continue de tomber. La forêt immaculée et calme est magnifique, magique. 

Stéphane « le pouceux » est revenu hier au campement, et la visite d’amis des Verts boisés du Fjord s’est étirée autour du feu. Le nouvel aménagement du campement en fait un lieu convivial et protégé, chaleureux, malgré sa « grande ouverture sur la nature environnante ». 

Quand j’ai quitté le campement pour passer un bout de soirée avec Luc, Bruno et Martine près du lac à Théophile, un air de flûte enchantait la forêt. Myriam portant Nathan dans ses bras, assise près de Michaël sur la banquette de paille éclairée par le feu de bois, tout ça avait un petit air de crèche de Noël, Lounaki et Shakti dans le rôle du bœuf et de l’âne.  

Sur le chemin du retour, nous avons suivi les traces d’un renard sous les arches formées par les jeunes trembles enneigés. Le campement était silencieux, seuls s’en échappaient les rêves presque palpables des habitants de la forêt Cyriac. 

À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 9 de l’occupation (7 novembre)

C’est dimanche et la machinerie forestière se repose…  

La neige tombe toujours à plein ciel, la route 175 est difficilement praticable, ce qui fait que la visite attendue au pique-nique dominical du campement était moins nombreuse que les flocons. On se reprendra dimanche prochain. 

La logistique de l’occupation se met en place doucement avec l’aide de Martine, des tours de garde s’organisent (c’est quand même agréable un bain ou une douche de temps en temps, faire un peu de lavage, embrasser ses amis, ses enfants, arroser ses plantes…). 

La forêt Cyriac est vraiment magnifique sous la neige.  Et si ça continue de tomber, on ne pourra bientôt se rendre au campement qu’en raquettes. 

À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 10 de l’occupation (8 novembre) 

C’est lundi et la machinerie forestière vaque probablement à ses activités dans d’autres secteurs… 

Marc continue d’approvisionner le campement en bois sec et des murets de neige ont été élevés autour de l’aire commune, coupant un peu le vent et empêchant la neige de l’envahir. 

À moins d’avoir un 4 x 4, ce n’est plus possible d’atteindre le campement en auto. À vos raquettes et à vos skis de fond, les visiteurs ! 

En ce dixième jour d’occupation, nous décernons fièrement le trophée « Théophile »* à Frédéric, le seul à avoir dormi toutes les nuits au campement. Une bonne main d’applaudissement pour notre irréductible de la forêt Cyriac ! ( Et en plus, ça réchauffe les mains…) 

À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise 

*Théophile est le surnom donné à l’un des castors qui vit dans le lac en face de chez Martine et Bruno.


Forêt Cyriac, jour 11 de l’occupation (9 novembre) 

Toujours pas de machinerie forestière en vue, en ce beau mardi hivernal. 

Petite journée tranquille passée à aménager le campement pour l'hiver et à lire des "études scientifiques subjectives sur la valeur économique du bois couché", dixit Frédéric. 

En terminant, une petite histoire à méditer, racontée par Frédéric Bach à Jacques Languirand : deux grenouilles sont tombées dans un bol de lait. Il y en a une qui s’est laissé couler parce qu’elle s’est découragée, et l’autre s’est débattue, et à force de se débattre, elle a transformé le lait en beurre, ce qui lui a permis de sauter hors du bol. 

Si ça vous tente de venir vous "débattre" avec nous, vous êtes les bienvenus. 

À suivre… 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 12 de l’occupation (10 novembre)

 Pour le moment, les jours se suivent et se ressemblent en ce qui concerne la machinerie forestière qui ne se pointe toujours pas. 

Quand je suis arrivée au campement, Frédéric et Nicolas mettaient la dernière main au renchaussement de la tente prospecteur avant d'aller inspecter les collets à lièvre. 

Une belle gang souriante accompagnée du petit Edouard chaussé de ses mini raquettes et de Nathan, le benjamin, dont la maman étrennait un nouveau porte-bébé est venue se greffer au "noyau dur"… Ça va jaser autour du feu ce soir. 

Bonne nouvelle, la route a été déblayée jusqu'au campement par notre voisin. 

Et la nuit dernière Guylaine la "doyenne"*, sortie pour un petit besoin nocturne, a presque été aspirée par la beauté d'un ciel mouvant d'aurores boréales roses et vertes.  

La pensée du jour, de Chateaubriand : Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent. 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise 

* Tu vois, Guylaine, les légers relâchements dus à l'âge sont parfois la source de grands bonheurs qui passent sous le nez des plus jeunes. De toute façon, tu es la plus jeunes de tous et Philippe Soupault devait penser à toi quand il a écrit : Quand on est jeune c'est pour la vie…


Forêt Cyriac, jour 13 de l’occupation (11 novembre) 

C'est le jour souvenir, de l'Armistice. La paix règne dans notre forêt aussi. 

Tout continue de bien aller, le moral est bon et plusieurs amis sont passés au campement. 

Maintenant que l'aménagement extérieur est pas mal avancé pour faire front aux rigueurs de l'hiver, Frédéric a lâché son fou dans l'ameublement.  Un beau grand lit trône fièrement dans la maisonnette des bois.  

Le petit Edouard a été initié aux joies du traîneau à chiens. Shakti et Lounaki l'ont promené à toute allure dans le chemin forestier. Le p'tit vlimeux, il n'a renversé qu'une seule fois. On a peut-être assisté aujourd'hui à la naissance d'une vocation de musher.  

Et pour terminer le feuilleton de cette journée sur une note philosophique, une citation de Carl Amery : " Les hommes doivent s’habituer à l’idée que le premier de tous leurs devoirs est aujourd’hui de se sentir collectivement responsables, non seulement vis-à-vis de leur groupe social ou de leur espèce, mais de la planète tout entière. "  

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 14 de l’occupation (12 novembre) 

Une autre semaine se termine dans la paix pour la petite bourgade d'irréductibles saguenéens. 

Le village grossit, maintenant composé de deux tentes prospecteur, de deux autres tentes et d'une maisonnette. Sauf que la palissade qui entoure notre village n'est pas faite de pieux mais d'arbres bien vivants. Le 1001e visage de l'arbre*! 

Le cheptel canin s'est également agrandi d'une autre bête. Avec l'origine de leurs noms, nos chiens pourraient former une amicale canine internationale : Shakti (indien). Lounaki (métissage latino nippon) et Nouchka (russe).  

Édouard a deux nouveaux amis, arrivés cet après-midi avec leur mère.  

Frédérix le barde se plonge le plus souvent qu'il peut dans d'édifiantes lectures, entre les coups de main donnés aux nouveaux arrivants et les randonnées exploratoires, et Guylainemine voit toujours à la popote. 

Aujourd'hui, le mot de la fin est de Jacques Languirand : Les matérialistes m’étonnent. Ils m’inquiètent et me troublent. Je veux dire qu’ils paraissent n’avoir aucun respect pour la matière : les bulldozers des capitalistes, aussi redoutables que des tanks, s’enfoncent dans les forêts qu’ils rasent; les navires usines pompent des bancs entiers de poissons, bouleversant pour longtemps, détruisant même parfois l’équilibre des fonds marins. On bouscule l’écosystème, sans se soucier de la suite du monde. Et pourtant, les matérialistes ont une explication de l’Univers qui repose sur la matière. Et pourtant, ils l’exploitent, la détruisent, l’anéantissent.  

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise  

* Le 1001e visage de l'arbre, l'arbre vivant, debout, c'est la réponse de l'ABAT à une campagne publicitaire de l'Association forestière de l'Abitibi-Témiscamingue intitulée "Les 1000 visages de l'arbre", et qui décrivait tous les produits dérivés du bois.

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Troisième semaine
 

Forêt Cyriac, jour 15 de l’occupation (13 novembre) 

Cette troisième semaine d'occupation de la forêt Cyriac commence dans le froid, mais l'atmosphère du campement est réchauffée par les sourires, le courant solidaire tricoté serré entre les habitants de la forêt et par le soleil qui se pointe enfin. 

Pendant que les enfants glissaient dans leurs traîneaux sur la pente au sud de l'aire commune, nous avons discuté de la suite de cette occupation. Nous avons appris que la machinerie arrivait cette semaine. Que quelle que soit notre "ouverture", les coupes jardinatoires ne se feraient pas. CRRS et coupes en mosaïques planent sur la forêt Cyriac. 

Nous demeurons fermement convaincus que nous devons nous opposer pacifiquement à toute coupe dans ce secteur proposé comme aire protégée.  

Nous aurons besoin de vous tous cette semaine. Le temps est venu d'agir et de nous unir pour que se réalisent nos désirs légitimes. 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 16 de l’occupation (14 novembre) 

Un beau dimanche ensoleillé et "occupé", comme notre belle forêt. Les visiteurs qui viennent explorer les sentiers, les jases autour du feu et les bricoleurs affairés font du campement une ruche bourdonnante. 

Cette semaine, les autres intervenants dans le dossier de la forêt Cyriac, le ministère des Ressources naturelles, Plani Forêt et Multiforêt, vont beaucoup parler de leur point de vue sur notre forêt. 

Notre point de vue à nous n'a pas varié, nous tenons fermement à protéger cette parcelle de forêt pour que l'ensemble de la population (excluant les compagnies forestières !) puisse en avoir l'usage.  

Comme nous le mentionnions hier, nous demeurons fermement convaincus que nous devons nous opposer pacifiquement à toute coupe dans ce secteur proposé comme aire protégée.  

Nous vous attendons tôt le matin à l'entrée du chemin de la forêt Cyriac* pour une vigile solidaire et pacifique. 

À demain matin, 6 h 30 – 7 h... 

Sylvestres salutations,

Louise  

* Route 175 direction Québec, l'entrée du chemin du campement est à droite, vis-à-vis le kilomètre 216.


Forêt Cyriac, jour 17 de l’occupation (15 novembre) 

Rien à signaler côté machinerie forestière aujourd'hui non plus. 

Le train-train du campement se poursuit, les occupants occupent et le covoiturage s'organise pour les vigiles tôt le matin, afin de grossir les rangs des opposants à l'entrée des machines dans la forêt. 

Si vous ne savez que faire de vos avant-midi, la forêt Cyriac vous attend. 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 18 de l’occupation (16 novembre) 

Journée de médias, article dans Le Quotidien et tournage pour TQS. Mais toujours rien à signaler du côté de la machinerie forestière. 

Nous attendons des nouvelles de la conférence de presse du ministère des Ressources naturelles tout en nous poursuivant notre but , toujours le même : protéger la forêt Cyriac. 

Des infrastructures légères ont été bricolées par les occupants. Faut bien "occuper " son temps ! 

Et on vous rappelle que la forêt Cyriac est bien jolie aux aurores. Vous le découvrirez si vous vous joignez à nous pour la vigile matinale. 

 À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 19 de l’occupation (17 novembre) 

Rien ne bouge encore du côté de la machinerie forestière. Mais ce matin ça bougeait beaucoup au campement. Une dizaine de personnes étaient en train de déjeuner, gruau de Myriam, œufs, toasts et café quand je suis arrivée, après avoir admiré un magnifique lever de soleil sur la route. 

Le Grand Guignol Cyriac a été officiellement inauguré ce matin. Michaël et Frédéric, installés derrière le muret du feu avec les marionnettes à main apportées pour les enfants par Martine, nous ont improvisé un show qui nous a fait rire aux larmes. Rire autant est excellent pour le moral… et pour la digestion. 

TQS n'est finalement passé qu'aujourd'hui, et le reportage a été diffusé aux nouvelles à l'heure du souper.  

Demain soir à 19 heures il y aura une conférence publique d'information sur la forêt Cyriac au centre communautaire du Cégep de Chicoutimi, avec Martine, Guylaine et Jolyane. On vous attend.  

Et comme nous sommes d'humeur joyeuse aujourd'hui, je termine avec cette citation d'Alan Watts : "Car notre civilisation ‘ matérialiste ’, bien mal nommée, devrait avant tout cultiver l’amour de ce qui est matériel, de la terre, de l’air et de l’eau, des montagnes et des forêts, de la bonne nourriture, de l’habitat et des vêtements pleins de fantaisie, et des contacts tendres et habilement érotiques entre les corps humains. " 

 À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 20 de l’occupation (18 novembre) 

Si la tendance se maintient, il semble bien que cette semaine qui touche à la fin de ses jours ouvrables ne verra l'entrée d'aucune machinerie forestière dans la forêt Cyriac.  

Demain matin, nous aurons la visite de trois fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles au campement.  De la grande visite et de beaux échanges en perspective. 

À l'heure du souper, nous nous sommes réunis, Martine, Jolyane, Audrey, Guylaine, Frédéric et moi dans un restaurant de la rue Racine à Chicoutimi, pour mettre la dernière main à la préparation de la soirée d'information qui a lieu au cégep ce soir. Ça fait tout drôle de se voir "en ville", loin des arbres et du campement. 

Et je termine avec cette citation de David Suzuki, tirée de l'introduction de son ouvrage intitulé L’équilibre sacré, Redécouvrir sa place dans la nature : « Depuis les années 1960, j’ai été à même de constater que, dans les luttes contre les coupes à blanc, les méga barrages, la pollution chimique et le reste, deux camps s’opposent invariablement. Avec pour conséquence qu’il y a toujours un perdant. Dans ces conditions, on est contraint de choisir entre les chouettes tachetées et les gens, les emplois et les parcs, l’environnement et l’économie. Mais dans notre combat pour assurer un avenir à nos petits-enfants, nous ne pouvons nous permettre qu’il y ait des perdants » 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 21 de l’occupation (19 novembre) 

Grosse journée, les amis. Rencontre avec les trois fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles, puis conférence de presse au campement cet après-midi. 

Nous avons finalement négocié une entente avec Multi Forêt, qui ne coupera pas certains secteurs que nous avons déterminés à partir de cartes fournies par le ministère. Également, ils ne toucheront pas aux arbres centenaires qui se trouvent dans leurs aires de coupe. De notre côté, nous ne nous opposerons pas à l'entrée de la machinerie. 

Nous continuerons d'habiter la forêt Cyriac et nous filmerons toutes les interventions forestières au cours des prochaines semaines. On prépare depuis le 23 octobre, le jour de la marche, un documentaire sur notre belle forêt (belle à nos yeux mais très quelconque aux yeux des fonctionnaires). 

En passant, on a trois nouvelles amies, poulette blanche, poulette grise et poulette noire, qui caquettent à qui mieux mieux parmi les bouquets de trembles et sous les branches des épinettes. 

Nous avons le cœur gros mais nous espérons que c'est le dernier assaut  de la main de l'homme que subira la forêt Cyriac avant des lustres. 

Pour terminer cette longue journée, une pensée de Paul Valéry : " La politique, c'est l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde." 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Quatrième semaine
 

Forêt Cyriac, jour 22-23 de l’occupation (20-21 novembre) 

Ce samedi, nous commençons la quatrième semaine d'occupation.  

Discussions et réorientation ont occupé notre fin de semaine. Discussion samedi et réorientation dimanche, le tout à travers le caquetage des trois poules de la forêt 

Les travaux forestiers vont commencer cette semaine et nous entrons dans une nouvelle phase. Nous allons filmer cette dernière intervention chirurgicale dans notre forêt pour compléter le documentaire entrepris depuis un mois sur notre lutte. 

Nous aurions bien sûr mieux aimé que ces coupes n'aient pas lieu mais nous nous retrouvions souvent bien peu pour arrêter la machinerie. Beaucoup de visite les soirs et les fins de semaine mais peu d'opposants aux heures où les forestiers entrent dans le bois. 

Nous poursuivons donc notre travail au cœur de la forêt Cyriac et vous invitons à vous joindre à nous. Nous souhaitons qu'il y ait toujours quelqu'un au campement de base et comme nous aurons à nous déplacer dans la forêt au cours des semaines à venir, nous vous invitons à venir alimenter le feu et jaser avec les poules. 

En terminant, une citation d'Honoré de Balzac, "L'homme meurt une première fois à l'âge où il perd l'enthousiasme." Nous n'avons pas perdu le nôtre et nous sommes bien vivants. 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 24 de l’occupation  (22 novembre) 

En ce quatrième lundi d'occupation, ce premier jour de la semaine fatidique, Bruno et moi avons rencontré René Ouellet, le grand patron de Multiforêt. Nous nous sommes entendus avec lui afin qu'il minimise les coupes dans la mesure du possible dans tous les secteurs.  

Les grands bouleaux jaunes et les érables ne seront pas touchés. 

Au campement, on se prépare à sillonner la forêt "aux trousses" des débusqueuses. On a besoin de monde pour assurer la relève au campement de base.  À partir de jeudi, nous aurons un deuxième campement près des zones de coupes. 

Et nous sommes en train de préparer une cérémonie de la pleine lune samedi soir prochain. On vous redonnera des nouvelles à ce sujet et vous êtes tous invités à vous joindre à nous. 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 25 de l’occupation (23 novembre) 

Guylaine, Richard et Bruno ont sillonné la forêt et découvert d'autres coins magiques aujourd'hui.  D'autres arbres à protéger, qui veilleront sur les repousses après la coupe. 

Nous attendons la visite de Louis Hamelin, de l'ABAT, qui doit participer à la Nuitte de la poésie au Côté cour à Jonquière vendredi prochain. Il compte bien dormir au campement et nous inviterons les poètes qui le veulent à déjeuner avec nous samedi matin dans la forêt Cyriac.  

Nous n'avons pas encore de confirmation pour la cérémonie de la Pleine lune samedi soir mais nous vous tiendrons au courant. 

La journée se termine en donnant une entrevue pour le journal de l'UQAC.

La lune croissante veille sur nos nuits. 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jour 26 de l’occupation (24 novembre) 

Jour sombre, la débusqueuse est à l'œuvre depuis cet après-midi. Des bouquets entiers d'arbres sont arrachés, des ornières de deux pieds fendent le sol et le bruit du moteur enterre le chant des oiseaux. 

Guylaine, Lounaki et moi sommes allées photographier le désastre. 

Nous avons le cœur rempli de tristesse. 

Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.

                   Chateaubriand 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Forêt Cyriac, jours 27 et 28 de l’occupation (25 et 26 novembre) 

À la débusqueuse se sont joints une Timberjack 450 et une multifonctionnelle… 

Nous vous demandons votre aide pour filmer un maximum des opérations. Ceux qui possèdent des caméras et ont du temps libre sur semaine, nous apprécierions un coup de main de votre part. 

Demain samedi, nous attendons des poètes présents à la Nuitte de la poésie pour déjeuner avec nous au campement. Vous êtes tous invités à vous joindre à nous à cette occasion, ainsi que pour la cérémonie de la pleine lune demain soir, toujours au campement. 

Nous commençons la cinquième semaine d'occupation demain. 

À demain. 

Sylvestres salutations,

Louise


Cinquième semaine

Forêt Cyriac, cinquième semaine de l’occupation  

Le 29 novembre 

Chers vous tous, 

Vous avez sûrement remarqué un certain laisser aller dans l'assiduité de la rédaction de ce journal de bord. Nous sommes un peu essoufflés et avons à planifier bien des choses ces jours-ci : le filmage des coupes, un possible déménagement du camp de base au cœur de la forêt, la gestion plus serrée de l'approvisionnement du camp qui en découle, des fonds à trouver pour poursuivre notre travail, etc. 

Nous allons continuer tant que nous le pourrons. Nous avons fait appel à vous à plusieurs reprises, mais vous avez été bien peu nombreux à vous manifester autrement que par un appui moral. D'où la lourdeur de notre tâche et notre essoufflement. 

Je termine en citant un ami montréalais de la forêt Cyriac qui, malgré la distance qui nous sépare, s'est déplacé à quelques reprises pour nous donner un coup de main. 

" Récemment je quittais Montréal avant les aurores pour aller rejoindre Louise et Bruno au cœur de la forêt Cyriac au Saguenay. J'ai marché en silence. Cette forêt Cyriac, que je découvrais, est une cathédrale et nous imprègne de sagesse. Qui possède la vertu supérieure n'agit pas et n'a pas de but.  

Lao-tseu, Tao-tö King

Une forêt n'agit pas, n'a pas de but, elle existe dans sa vertu supérieure."

Francisque Bégin

 À bientôt.

 Sylvestres salutations,

 Louise


Sixième semaine

Forêt Cyriac, sixième semaine de l’occupation  

Le 9 décembre 

Chers vous tous, 

Le camp de base est démantelé depuis la fin de semaine dernière… mais un nouveau petit campement a été monté dans la forêt au milieu de cette semaine par Frédéric et Jean-Denis. C'est une belle petite ballade pour aller les visiter, que Guylaine, Lounaki et moi avons faite cet après-midi. Shakti était heureuse de retrouver sa copine. 

Ensuite, nous sommes allés tous les quatre sur les aires de coupes. C'est pas beau à voir, cette autoroute qui déchire la forêt en deux, entre les zones de coupe à blanc. On peut y marcher à huit randonneurs ou skieurs de front (six ou sept raquetteurs…). Comme sentiers pédestre c'est l'équivalent de la foutue route à quatre voies réclamée dans la réserve des Laurentides depuis tant de temps. 

Et on a vu des troncs de gros bouleaux jaunes à travers ceux des épinettes et des bouleaux blancs empilés le long de l'autoroute forestière. 

Demain nous allons ajouter des photos de tout cela sur le site. 

Il se fait dans notre région une foresterie de barbares. 

À bientôt. 

Sylvestres salutations,

Louise


 

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