Informations et écrits

 

Correspondance

 

Lettre au Premier Ministre Charest
Lettre d'opinion de Monsieur Larouche

Lettre de Madame Andrée Dravigné


 Le 31 octobre 2004 

Monsieur Charest, 

Le 23 septembre dernier, nous avons fait parvenir à la Direction du patrimoine écologique et du développement durable, du ministère de l’Environnement, une proposition d’aire protégée pour la forêt Cyriac, un territoire d’une cinquantaine de kilomètres carrés abritant des bouleaux jaunes plusieurs fois centenaires et situé à une quinzaine de kilomètres au sud de la ville de Saguenay. 

Le 27 septembre, nous avons écrit à messieurs Corbeil et Mulcair pour demander un moratoire sur toute activité forestière commerciale sur ce territoire. 

Le 19 octobre, nous avons informé monsieur Hammad de ce dossier et l’avons invité à se joindre à nous pour une marche à la rencontre des bouleaux jaunes centenaires. Une centaine de personnes a répondu à notre appel (la majorité venant de notre région mais il y avait également des gens d’Abitibi, de Rawdon, de Laval…). Ils ont pu admirer des arbres qui étaient là plus de 150 ans avant l’arrivée des premiers Blancs au Saguenay – Lac-Saint-Jean. 

Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons reçu que des accusés de réception de messieurs Corbeil et Mulcair, un mot de la DPEDD nous faisant part de son intérêt pour ces bouleaux jaunes centenaires, et rien de monsieur Hammad. 

Nos rencontres avec les fonctionnaires régionaux du ministère des Ressources naturelles n’ont abouti à rien : la compagnie forestière doit entrer au début novembre pour couper 5000 mètres cubes de bouleaux dans ce secteur. D’après le MRN, elle ne peut aller les couper ailleurs, bien que          900 000 mètres cubes de cette essence soient recensés dans la région. Le début novembre, c’est demain. 

Plus de 2000 personnes ont signé jusqu’à ce jour notre pétition pour la sauvegarde de la forêt Cyriac et nous recevons régulièrement des courriels d’appui provenant des quatre coins du Québec. Et depuis hier, un groupe de citoyens et de citoyennes de la région a établi un campement dans cette forêt. Nous allons tenter pacifiquement d’empêcher les forestiers d’entrer dans la forêt Cyriac. 

Nous, citoyens, avons l’impression que notre voix porte très peu. Pourtant, nous demandons uniquement qu’une parcelle de forêt située près de nos grands centres urbains soit laissée intacte pour qu nous puissions y marcher, y chasser et y pêcher, cueillir des champignons,  des plantes – cette forêt regorge entre autres d’if du Canada (taxus canadensis), alors votre gouvernement en subventionne la culture au Lac-Saint-Jean – aménager des sentiers pédestres pour y admirer, en plus des merisiers centenaires, le grand pin blanc qui surplombe l’un des barrages de castors, l’érablière à flanc de colline, les gélinottes huppées, les grands pics, en faisant attention de ne pas mettre le pied  dans les déjections d’orignaux. 

La Direction du patrimoine écologique et du développement durable s’en vient au début de 2005 dans notre région recueillir les propositions d’aires protégées. Il est difficile pour nous de trouver des territoires à protéger quand l’ensemble de notre forêt publique est découpé en CAAF. Comment atteindre 8 % d’aires protégées dont nous pourrions profiter pour nos loisirs sans avoir à parcourir des centaines de kilomètres ? Sans oublier que pour assurer la biodiversité, c’est 25 % des territoires qu’il faudrait protéger. 

Monsieur Charest, le terme même d’ « aire protégée » suppose un danger. Nous le ressentons encore plus en cette veille du premier novembre, quand nous pensons que notre groupe aura à affronter la machinerie forestière. Il y a presque des relents de la Place Tian’anmen dans l’air. 

Combien de temps encore devrons-nous voir nos désirs légitimes anéantis en raison d’une gestion forestière plus que déficiente ? N’y aurait-il pas d’autres moyens de consulter la population lors de l’établissement de plans de coupes près des centres urbains que d’obscures annonces perdues parmi les publicités des journaux ? Et quand cette même population fait part de son désir de préserver quelques kilomètres carrés de forêt pour l’écotourisme et les loisirs, ne pourriez-vous décréter un moratoire sur les activités forestières commerciales sur ce territoire ? 

C’est ce que nous vous demandons aujourd’hui, monsieur Charest. Vous êtes notre dernier espoir. Et nous espérons une réponse plus consistante que celles que nous avons reçues de la part de vos ministres jusqu’à maintenant. 

Sylvestres salutations, 

Louise Gravel 

C.C. à messieurs Corbeil, Hammad et Mulcair.
 

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LA FORÊT DES GÉANTS À CYRIAC

Mon petit-fils de 12 ans a choisi de lui-même, samedi matin, le 23 octobre, de faire la marche dans le forêt centenaire des bouleaux jaunes* de la rivière Cyriac, à une vingtaine de kilomètres de Chicoutimi. Les arbres géants le fascinaient. 

Sur les lieux, il a pris connaissance visuelle et tactile de cette centaine de "géants".  Ce qui l'a impressionné, ce furent les quatre personnes adultes qui enlaçaient un bouleau jaune avec leurs bras étendus. 

Nous sommes montés au sommet pour contempler les résultats du feu des années 90 lequel a épargné la forêt de la rivière Cyriac tout comme elle a aussi été épargnée  de La Grande Brulée des années 20.  Et nous nous sommes arrêtés pour prendre une collation. Cette forêt  va-t-elle succomber à la scie mécanique, si on peut en trouver une capable d’abattre des arbres de cette taille, en novembre 2004? 

Tout au long de la marche, nous avons vu et touché de grosses roches apportées des grands lacs Albanel et Mistissini, par les glaciers, il y a 15000 ans (des stromatholites algueuses identifiées par monsieur Jean-Guy Belley de Chicoutimi), résultat concret de l’ère glacière du parc des Laurentides, de la rivière Cyriac et de notre région.  

La forêt Cyriac est un patrimoine visuel et tangible de notre histoire géologique: allons-nous la massacrer pour cueillir essentiellement du bois de poêle et de la planche à meubles?  Nos enfants et petits-enfants, comme mon petit-fils, n’ont-ils pas droit à cet héritage?    

II ne faudrait surtout pas commettre une autre erreur boréale en coupant cette forêt de géants – pour du bois de poêle… 

*Les aînés les identifient comme merisiers 

Roland Chénier, Larouche

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Bonjour madame Gravel, 

En accord avec la pétition, je souhaite que la forêt Cyriac soit reconnue comme aire privilégiée à conserver, et ce autant au niveau environnemental qu'au niveau protection d'un patrimoine forestier. 

Mes enfants ont pris quelques journées pour aller faire valoir leur droit de parole sur le site même de la forêt. Ils sont d'ailleurs encore là, en présence de mon petit-fils Nathan, âgé de 3 mois. Je les admire pour leur conscience et demande à quand le jour où ils auront l'impression d'être enfin entendu sur cette planète dont ils auront la gestion bientôt. 

Merci beaucoup 

Andrée Dravigné

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