Le point sur la
Forêt Cyriac

 

Forêt Cyriac, Saguenay, le 24 novembre 2004

Le point sur la forêt Cyriac 

La saga de la forêt Cyriac a débuté il y a trois mois, à la toute fin du mois d'août, quand le seul résident permanent du secteur alors connu sous l'appellation de zone de coupe 2320 a appris de la bouche d'un contractant forestier qu'il s'en venait bûcher son coin dans deux semaines. Trois mois plus tard, ce même contractant, entre temps dûment engagé par Multiforêt, s'apprête à effectuer dans la forêt Cyriac la dernière chirurgie commerciale qu'elle subira, s'il n'en tient qu'à nous. 

Entre temps, beaucoup d'encre a coulé dans nos médias régionaux et provinciaux, beaucoup de paroles ont été dites ou citées, parfois dans leur contexte, souvent déformées ou fragmentées, rarement reflétant l'ensemble de notre vision. C'est pourquoi nous tenons à raconter notre lutte pour sauver la forêt Cyriac et à expliquer ce qui la motive. 

Un mouvement populaire

Des quelques personnes isolées qui ont sonné l'alarme au début, nous sommes maintenant un groupe en constante mouvance entre ville et forêt, entre campement et sentiers à venir, et maintenant nous surveillons chaque intervention des forestiers dans les zones de coupe. Depuis bientôt un mois, nous veillons cette forêt jour et nuit, nous l'habitons, l'explorons, y recevons des amis de partout au Québec, y partageons nos peines et nos joies. 

Nous avons reçu l'appui de plus de 2000 de personnes qui ont signé la pétition demandant un moratoire sur toute activité forestière commerciale dans la forêt Cyriac jusqu'à ce que notre proposition d'aire protégée ait été analysée par la direction de patrimoine écologique et du développement durable, du ministère de l'Environnement. Ce mouvement populaire né de notre lutte est une première dans notre région et un « écosystème forestier exceptionnel » que les ministères devraient prendre en considération. 

Nos dirigeants aux oreilles bouchées

Nous avons frappé à toutes les portes afin de trouver des solutions tenant compte des besoins de la compagnie forestière et de notre désir légitime de citoyens désirant sauvegarder cette parcelle de notre forêt périurbaine dans laquelle nous voulons faire fleurir projets et sentiers pédestres, centre d'interprétation, érablière artisanale, cours d'ornithologie, d'herboristerie et de mycologie, parc de sculptures et bien d'autres rêves encore. Des rêves débouchant sur la création d'emplois moins ponctuels que ceux générés par une coupe à blanc. Des rêves qui respectent autant les randonneurs que les chasseurs et les pêcheurs.  

Nous nous sommes heurtés à la rigidité du système et des lois qui ne laissent aucune place aux demandes des contribuables, surtout quand ceux-ci ont eu le malheur de ne pas remarquer le petit encart perdu dans une mer de publicités annonçant des consultations publiques sur les plans de coupe. Même si nous hurlons comme une meute de loups à la pleine lune, personne parmi les décideurs ne nous écoute. Nous nous sentons quantité négligeable, uniquement bons à payer des impôts et à nous faire courtiser à grands coups de vaines promesses au moment des élections. 

Les écologistes

Nous avons le profond sentiment que nos richesses naturelles ne nous appartiennent pas, que tout a été cédé aux compagnies depuis des lustres. Mais nous, dans les « régions-ressources », que nous restera-t-il quand elles seront épuisées, quand les multinationales auront fermé toutes leurs usines pour s'installer ailleurs ? Que nos yeux pour pleurer devant notre environnement ravagé, pillé, avant d'aller nous recycler en squeegees dans la métropole ? 

N'en déplaise au recteur Belley et à l'ingénieur Boulianne, les écologistes ont une vision de l'environnement tourné vers l'avenir et nos actes présents ont pour but de protéger et de faire fructifier ce qui reste de nos richesses naturelles afin que les générations futures puissent elles aussi avoir des emplois chez eux, dans leurs forêts, dans leurs propres usines de deuxièmes et de troisièmes transformations du bois. Pour que nos régions profitent enfin des retombées de leurs richesses au lieu d'enrichir des actionnaires étrangers qui se fichent royalement de la provenance de leurs dividendes et des taux de chômage qui découlent de la gestion effectuée par les multinationales.  

Une autre chose qui caractérise la plupart des écologistes, c'est leur esprit critique face à la consommation de biens courants et au gaspillage. Nous privilégions l'usage de matériaux réutilisables et nous encourageons l'agriculture, l'élevage et la foresterie faits dans une optique d'aménagement et / ou de développement selon les capacités naturelles de la Terre à produire ses ressources et à se régénérer

De plus, la grande majorité des écologistes font un travail bénévole, le font librement, sans subvention aucune, et leurs recherches ne reflètent aucun parti pris si ce n'est celui de la sauvegarde de l'environnement pour l'ensemble de la population. 

La foresterie

Comme tous bons écologistes qui se respectent, nous sommes nombreux à cultiver des jardins (engraissés grâce à nos déchets végétaux compostés !). Nous savons donc faire la différence entre les carottes et les bouleaux, entre la ciboulette et l'if du Canada, entre les pivoines et les sabots de la vierge (qui prennent une vingtaine d'années à se reproduire), entre un champ de luzerne et une tourbière. Nous ne connaissons aucune variété de tomates qui puisse atteindre l'âge vénérable d'un bouleau jaune, si nous ne le laissons aller au bout de sa vie. 

Alors nous sursautons souvent quand on compare forêt et jardin. Les termes utilisés en foresterie « moderne », jardinage, récolte, éducation de peuplement, bande cosmétique, etc., nous semblent quelque peu ésotériques. Nous on bûche des arbres, on récolte des carottes, on moissonne des champs et on éduque nos enfants. Et nous favoriserons toujours une foresterie qui respecte les sols et les sous-sols, la régénération naturelle, les cours d'eau et les lacs, les habitats fauniques et la biodiversité. Mais qui respecte également les travailleurs forestiers en leur permettant de vivre décemment ainsi que les autres utilisateurs de la forêt, chasseurs, pêcheurs, randonneurs et autres amants de la faune et de la flore. 

Notre forêt

La semaine dernière, des fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs ont dressé un portrait de la forêt Cyriac lors d'une conférence de presse à laquelle nous n'avons pas été conviés. Une forêt sans grand intérêt « de son vivant », selon eux, si ce n'est quelques bouleaux jaunes centenaires. 

Notre forêt à nous ne ressemble pas à celle du ministère. Le fait qu'elle soit formée de toutes les essences d'arbres qu'on retrouve dans notre région, leur âge variant selon les secteurs, en fait une famille où toutes les générations se côtoient en un riche écrin autour des grands bouleaux jaunes, les ancêtres. De cette diversité d'essences découle une variété de champignons et de plantes beaucoup plus grande que ce qu'on retrouve dans une forêt uniquement composée d'épinettes noires (n'en déplaise à monsieur Réjean Gagnon). Et bien sûr elle abrite une faune variée. 

La forêt Cyriac, traversée par les sentiers pédestres de Laterrière et du lac Kénogami, est située aux portes de nos grands centres urbains, donc accessible à l'ensemble de la population. Pour toutes ces raisons, nous tenons à la sauvegarder et nous refusons que nos critères de sélections aient moins de poids dans la balance décisionnelle que ceux émis par les fonctionnaires des différents ministères concernés. 

Nous allons poursuivre notre lutte, à l'ombre des grands bouleaux jaunes centenaires de la forêt Cyriac, jusqu'à ce qu'on entende enfin notre voix et que se réalisent nos rêves. Vous entendrez parler de nous encore longtemps. 

Le mot de la fin

Nous laissons le mot de la fin à David Suzuki : « Depuis les années 1960, j’ai été à même de constater que, dans les luttes contre les coupes à blanc, les méga barrages, la pollution chimique et le reste, deux camps s’opposent invariablement. Avec pour conséquence qu’il y a toujours un perdant. Dans ces conditions, on est contraint de choisir entre les chouettes tachetées et les gens, les emplois et les parcs, l’environnement et l’économie. Mais dans notre combat pour assurer un avenir à nos petits-enfants, nous ne pouvons nous permettre qu’il y ait des perdants »

L’équilibre sacré, Redécouvrir sa place dans la nature 

Sylvestres salutations, 

Louise Gravel

porte-parole de la lutte citoyenne pour la sauvegarde de la forêt Cyriac

(418) 673-3779 / courriel : jeudigravel@cybernaute.com

Site Web : www.cybernaute.com/foretcyriac/

 

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